L'escapade Bosniaque

Ca y est, le mois de novembre et sa grisaille a fini par nous rattraper. Comme quoi on n'est jamais complètement à l'abri. Mais cette météo moins lumineuse était une belle occasion de laisser un peu la côte et la mer pour aller voir autre chose. Donc on a mis le cap à l'est vers la Bosnie Herzégovine et Sarajevo. Et pour voir autre chose, on a bien vu autre chose...

La différence est visible dès qu'on passe la frontière. L'ambiance, le décor, on a tout de suite senti qu'on avait changé de monde. La Bosnie ne fait pas partie de l'Union Européenne et c'est aussi un pays à majorité musulmane donc d'un coup, les minarets ont remplacé les clochers et on entendait l'appel à la prière. Premier choc culturel...
 

La Bosnie a également été au coeur du conflit qui a suivi l'éclatement de la Yougoslavie en 1992, une guerre qui a duré plus de 3 ans et 30 ans plus tard, les cicatrices sont encore bien visibles tant dans le paysage que dans la mémoire collective.

Nous sommes donc arrivés à Sarajevo en fin d'après-midi. Le stationnement que nous avions choisi comme point de chute se situe dans un quartier assez moderne, avec des tours à bureaux, des centres d'achat, des cafés, etc. Pour l'instant, normal pour nous. Mais pendant la petite demie-heure de marche à faire pour se rendre au coeur de la ville, nous avons découvert un décor un peu surréel d'immeubles tout neufs qui en côtoient d'autres plus ou moins délabrés où les impacts des balles sont encore bien visibles. Il faut dire que Sarajevo a connu 1500 jours de siège pendant la guerre 😔. Autre choc...

Sarajevo est aussi le lieu d'un évènement majeur de l'histoire du XXème siècle: l'assasinat le dimanche 28 juin 1914 de l’archiduc François-Ferdinand (héritier de l'Empire austro-hongrois) et de son épouse Sofia par le nationaliste serbe Gavrilo Princip, l'evènement qui a déclenché la 1ère guerre mondiale. On peut même se mettre exactement à l'endroit où l'assasin a tiré!


Mais on savait qu'il y avait beaucoup plus  à voir et comme nous voulions aussi comprendre, nous avons réservé une visite guidée pour le lendemain. L'avantage toujours de voyager en basse saison, on a eu encore une fois la chance d'avoir une guide pour nous tout seuls et Dina a passé plus de 3 heures à nous parler de sa ville, de son pays, de sa culture, de la guerre, de la vie pendant la guerre et de tenter de nous expliquer parce que c'est loin d'être simple. Même si à première vue oui, c'est assez simple. La Bosnie c'est: un royaume indépendant au Moyen-Age, suivi de 4 siècles d'occupation ottomane, de 40 ans d'occupation autrichienne (jusqu'à la 1ère guerre mondiale), de la période Yougoslave (incluant la période communiste), de la guerre de 1992 à 1995 et finalement, de la Bosnie Herzégovine actuelle. Et en ville chaque période est clairement visible quand on va de l'est vers l'ouest. 
A l'est d'abord le quartier turc de Baščaršija, le coeur de la ville avec ses ruelles, ses maison de bois et de pierre et ses mosquées, un quartier animé à toute heure du jour et de la nuit avec une ambiance mi-orientale/mi-occidentale. C'est la partie que nous avons le plus aimée et où nous avons aussi goûté les spécialités locales, dont le café bosnien, qui est comme un café turc finalement 😋 




Juste à côté, le quartier autrichien avec ses larges avenues, son architecture et son ambiance ... autrichienne. Plus cossu, mais aussi moins chaleureux. 
    

La limite entre les deux quartiers est bien maquée! Un carrefour entre deux mondes qui fait la richesse culturelle et la fierté de la ville


Encore plus à l'ouest s'est développé à la période communiste les quartiers industriels et ouvriers. Dina nous a dit que le communisme a apporté le travail, l'égalité et ... l'alcoolisme 😅. Les vestiges de cette période sont beaucoup moins pittoresques.


Et finalement la reconstruction d'après-guerre, qui redonne des couleurs au passé comme ici à l'hôtel de ville, l'ancienne Bibliothèque nationale et universitaire qui a été incendiée lors du siège de Sarajevo:


Le tout forme un ensemble éclectique d'une grande diversité culturelle où les différences ne sont pas synonymes de divisions. Dans le petit centre-ville, les minarets côtoient les clochers d'églises (catholiques et orthodoxes) et la synagogue. A Sarajevo on se respecte les uns les autres, on prie le Dieu qu'on veut, on s'habille comme on veut et le 24 décembre à minuit, les Sarajéviens, toutes religions confondues, se retrouvent devant la cathédrale pour manger, boire et célébrer ensemble. Comme quoi les guerres et les conflits sont malheureusement souvent des histoires d'hommes politiques et/ou religieux, qui viennent déchirer des familles et qui poussent des voisins qui vivaient côte à côte dans la bonne entente depuis des générations à soudainement, se détester... 😢

Merci à Dina et aux autres Bosniens que nous avons rencontré à Sarajevo, à la jolie ville de Mostar et au petit village de Počitelj où nous nous sommes aussi arrêtés. Ils et elles sont des modèles de résilience, de tolérance et du vivre ensemble. Et si la Bosnie semble un peu triste au premier regard (surtout sous le ciel gris et la froidure de novembre) avec des villages qui semblent abandonnés, des maisons souvent délabrées et des déchets, beaucoup de déchets, nous sommes très contents d'avoir fait cette petite escapade. Elle nous a bousculée, on l'avoue, mais l'accueil et le sourire des habitants, leur regard positif sur la vie malgré les choses terribles qu'ils ont vécu, leur bonheur tout simple d'avoir la liberté de vivre comme ils le veulent nous a donné une belle leçon de vie.


 Jérôme et Sophie

Pour voir toutes les photos c'est ici: carte et photos

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